Nouvelle page 2

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379 - Janvier 2012 - Japon
 

Votre sexe est un joystick ! Si vous en doutiez, les Japonais vont vous le prouver. Au pays du Soleil Levant, aller aux toilettes peut tourner en véritable partie de jeu vidéo… Si, si, on vous le jure. Sega a développé des urinoirs défiant toute innovation technologique. Baptisé "Toylet", ils sont équipés de jeux vidéos contrôlés... par le jet de votre urine, messieurs (ah, oui pour l'instant ce n'est que pour les hommes...)

Ces urinoirs sont installés dans quelques bars de Tokyo, et proposent plusieurs jeux, histoire de varier les plaisirs.

Alors comment ça marche ?

Vous êtes devant l’urinoir, devant vous, un écran. Si vous baissez la tête, vous apercevez une cible munie d’un capteur de pression. Le but du jeu est simple, il suffit de viser la cible pour augmenter votre score. Dans le genre de jeu classe, vous pouvez par exemple, à la force de votre urine, soulever la jupe d’une présentatrice télé ou faire un concours d’urine avec les utilisateurs qui vous ont précédés… Personne ne précise si les bars ont augmenté leur vente de boissons depuis l’installation de ces nouvelles toilettes, mais si les Japonais veulent battre des records, ils ont intérêt à boire, beaucoup... Glouglou !

378 - Janvier 2012 - Iran
 

Couvrez ce sein que je ne saurais voir.
Par de pareils objets les âmes sont blessées
et cela fait venir de coupables pensées.
(Molière : Tartuffe, acte III, scène II)

Golshifteh Farahani est une comédienne iranienne de 29 ans exilée à Paris depuis 2009. Elle est désormais bannie de son pays ! Et savez-vous pourquoi ? Et bien pour avoir osé montrer un sein dans un clip vidéo pour l'Académie des Césars !

L'actrice a été averti par un haut responsable du "ministère de la Culture et de la guidance islamique" (la guidance islamique, en voilà un nom) que l'Iran n'avait plus besoin d'acteurs et d'artistes", et "qu'elle pouvait donc offrir ses services artistiques ailleurs..."

Tout est parti d'un simple cliché en noir et blanc publié dans le magazine Figaro Madame. Golshifteh Farahani pose nue, les mains posées sur la poitrine. Mais, la photo dont la valeur n'était que purement artistique au départ, est devenue, à son corps défendant, un acte politique. Reprise sur le réseau social Facebook, elle s'est transformée en symbole de révolte contre le rigorisme iranien.

La "publication sur Internet de photos de la déplorable Golshifteh Farahani montre la face cachée et dégoûtante du cinéma", ont alors immédiatement réagi les coincés de la braguette iraniens par la voie de l'agence Fars News.

Golshifteh Farahani, l'héroïne du film "A propos d'Elly", a réitéré son geste mais dans une vidéo intitulée "Corps et âmes". Devant la caméra de Jean-Baptiste Mondino, la jeune femme se déshabille aux côtés de 30 comédiens, tous nominés pour le César 2012 du meilleur espoir. "De vos rêves, je serai la chair", dit la comédienne en dévoilant un sein.

Depuis quelques années, Golshifteh Farahani est devenue la coqueluche du cinéma iranien mais aussi d'Hollywood. En 2008, la jeune comédienne campait le personnage d'une infirmière dans Mensonges d'Etat aux côtés de Leonardo DiCaprio et de Russell Crowe.

377 - Janvier 2012 - Vatican
 
Quand le pape fustige le mariage homosexuel, il est dans son rôle ! C'est le contraire qui serait insolite ! Le pape est le gardien d'une boutique qui vend des valeurs d'une autre époque mais qui a toujours ses adeptes.

Mais si sa condamnation de principe de l'homosexualité n'est pas choquante, puisqu'attendue, il n'en reste pas moins que la façon dont elle est exprimée et les arguments employés allient l'outrance
(volontaire) à la légèreté des affirmations.

Lisons la phrase prononcée par le pape le lundi 15 janvier à l'occasion des vœux du corps diplomatique :

"L'éducation des enfants a besoin de lieux. Parmi ceux-ci figure en premier lieu la famille, fondée sur le mariage d'un homme avec une femme. (...) Il ne s'agit pas d'une simple convention sociale, mais bien de la cellule fondamentale de toute société. Par conséquent, les politiques qui portent atteinte à la famille menacent la dignité humaine et l'avenir."

Outre le fait que ce soit un pur sophisme, on retrouve dans cette phrase la notion de dignité humaine
(la définition de la dignité est tellement galvaudée, tellement mise à toutes les sauces que le mot ne veut plus rien dire, la dignité des uns devenant l'indignité des autres et vice versa). Quant à reprendre l'argument selon lequel le mariage homosexuel serait une menace pour l'avenir, le pape reprend là un des arguments les plus débiles (je dis bien débile) des pires homophobes (ceux qui ont tellement peur des homosexuels qu'ils répandent le bruit que ceux-ci passent leur temps à faire du prosélytisme afin que tout le monde deviennent comme eux !)
Quel niveau !
376 - Janvier 2012 - France - Prostitution
 
Je reproduis ci-dessous un article très pertinent signé par le chanteur Antoine et publié par le journal Le Monde dans sa livraison du 5 janvier 2012.

Face à l'hypocrisie puritaine, défendons les "arts du lit" !

En 1966, dans un couplet souriant d'une chanson, je réclamais "la pilule en vente dans les Monoprix"; un an plus tard la loi Neuwirth légalisait la contraception : ma chanson avait peut-être un peu contribué à dédramatiser un sujet grave et à faire abroger la Loi de 1920, qui interdisait la contraception : grâce à l'action entre autres du Planning Familial, la femme retrouvait la liberté dont cette loi la privait, et que l'invention de la pilule contraceptive rendait enfin possible, après des décennies de frustration.

50 ans plus tard, le fardeau imposé aux femmes, et conséquemment aux hommes, s'est considérablement allégé : plus de 90% des femmes de France utilisent régulièrement une contraception efficace, qui leur permet d'avoir un nombre d'enfants raisonnable, à l'instant où elles le souhaitent ; le divorce est devenu une procédure beaucoup moins traumatisante ; la sexualité hors mariage n'est plus un délit ; l'union homosexuelle entre progressivement dans les mœurs ; l'IVG évite à beaucoup de personnes de plonger dans la détresse : en somme, la sexualité est en grande partie redevenue une activité normale, saine, recommandée par la médecine : une activité sexuelle fréquente améliore la santé, protège la femme du cancer du sein, l'homme de celui de la prostate : faites l'amour deux fois par semaine et vous vivrez dix ans de plus, plus jeune et plus équilibré.

Mais la tradition héritée des principes judéo-chrétiens, en réservant la sexualité à la seule procréation, l'interdit par le fait à la plupart des femmes et des hommes : qu'en est-il de celles et ceux qui ne sont pas assez de charme, de pouvoir, d'argent, de temps, pour s'attacher exclusivement une autre personne? Des veufs et des veuves ? Et les handicapés ? N'ont-elles, n'ont-ils pas droit à des moments de tendresse, de contact humain dans un monde de plus en plus inhumain ?

Il y a quelques semaines, j'assistais à une grande cérémonie du monde culinaire, où des hommes et des femmes voyaient couronner leur travail, leur passion pour une industrie qui connait en France un vif succès, la gastronomie : une industrie entièrement basée sur ce qui était naguère, pour la religion, un des sept péchés capitaux, la gourmandise. Et je ne pouvais m'empêcher de penser qu'un autre des prétendus péchés capitaux, s'il était débarrassé des défauts dont l'ont chargé des millénaires de sexisme, ouvrirait un merveilleux domaine où des hommes et des femmes, comme ceux qui opèrent derrière des fourneaux où autour d'une table, pourraient apporter en toute légalité, sécurité et hygiène des instants de bonheur à leurs semblables. En résumé, comme il y a des Arts de la Table, pourquoi n'y aurait-il pas des Arts du Lit ? J'entends par là des lieux, une culture, dans le cadre desquels femmes et hommes pourraient recevoir, dans le domaine de la sexualité, des prestations aussi naturelles et respectables que celles offertes par la restauration.

Nous sommes loin de ce beau rêve lorsque l'on considère la situation dramatique des travailleurs du sexe dans notre pays. La société moderne, les gouvernements successifs, n'ont pas su empêcher les mafias, les trafiquants, d'imposer leur joug à une partie de cette activité. La loi sur le racolage passif de 2003 a aggravé la situation des personnes exerçant ce métier, quelles l'aient choisi ou qu'elles y aient été contraintes. Une telle situation ne peut persister.

Pour y remédier, un bon nombre de pays modernes et démocratiques, la Suisse, l'Allemagne, l'Australie, la Nouvelle Zélande, ont choisi, tout en s'appliquant à lutter avec la plus grande énergie contre les trafics et l'exploitation, de donner un cadre légal, sûr, aisé à contrôler et à l'abri de la mainmise des trafiquants d'êtres humains, aux personnes ayant choisi d'exercer ces métiers, qui bénéficient ainsi de la sécurité et d'une protection sociale, paient leurs impôts, bref, ont retrouvé une place juste et saine dans notre société . En Nouvelle-Zélande, par exemple, pays de plus de 4 millions d'habitants reconnu comme l'un des moins corrompus de la planète, et qui a voté en 2003 la légalisation complète du travail du sexe, les personnes qui le choisissent peuvent s'associer ou être employées, travailler dans des établissements protégés, contrôlés, en toute sécurité, sans aucune honte. L'évaluation réalisée cinq ans plus tard par le Ministère de la Justice Néo-Zélandais atteste que le travail du sexe n'y est aucunement lié au crime ni aux trafics, que moins de 5% des personnes exerçant ces métiers le font par coercition, et que leur nombre n'a pas notablement augmenté.

La commission chargée par l'Assemblée Nationale d'enquêter sur la prostitution a réalisé un travail remarquable (1) mais elle a grandement négligé l'étude des solutions choisies par d'autres pays : la Suisse, l'Allemagne sont à peine citées dans le rapport, l'Australie, la Nouvelle-Zélande pas du tout. Au lieu de cela, la commission a choisi de visiter un des endroits les plus susceptibles de heurter sa conception de la "dignité" : un club de taille effectivement inhumaine proche de la frontière espagnole… Elle a été scandalisée par cette maison où des dizaines de femmes servaient une clientèle d'hommes, presque tous français : mais l'exemple était bien mal choisi : le succès et les dimensions de ces clubs situés à la frontière sont la conséquence directe de la législation prohibitionniste française.

Brandissant des exemples tels que celui-là, et épousant aveuglément les thèses de quelques associations dogmatiquement abolitionnistes, la commission a proposé une loi digne de l'ère de la prohibition américaine, inapplicable, qui ne ferait que jeter les personnes faisant ces métiers plus loin dans les bois, la précarité et l'illégalité, les livrer plus encore aux mafieux et aux trafiquants ; et plonger dans une misère différente, et dans l'opprobre, les personnes qui ont recours à leurs services, et qui, pour la plupart, contrairement aux affirmations de la commission, montrent un réel respect pour celles et ceux qui acceptent moyennant rétribution de leur apporter un instant de bonheur et d'apaisement.

Les mouvements "abolitionnistes" ont raison lorsqu'ils demandent la dépénalisation des personnes exerçant ces métiers ; ils ont raison également, bien sûr, lorsqu'ils exigent que l'on lutte véritablement et sans pitié contre toute exploitation, toute coercition ; que l'on démantèle les réseaux de traite des femmes et des hommes ; cette lutte doit être la priorité absolue.

Mais ils ont tort quand ils prétendent que le travail du sexe n'est que cela, qu'il est toujours une violence faite aux femmes, et qu'il ne devrait tout simplement pas exister de relation sexuelle rémunérée : il faudrait à ce compte interdire aux hommes de payer la part des femmes au restaurant, et proscrire tous les mariages dans lesquels la situation de l'un des partenaires est plus aisée que celle de l'autre! Les "abolitionnistes" se trompent lorsqu'il disent que le commerce de l'amour consiste à "vendre son corps" : vendre un bien, c'est le céder et ne plus en disposer ; lorsque ces actes se font dans un cadre légal et protégé, il ne s'agit que de prestations librement consenties : Après tout, les acteurs, les mannequins, les personnes en contact avec le public, les travailleurs de force, les travailleurs intellectuels et bien d'autres tirent en toute légalité profit de diverses parties ou caractéristiques de leur corps (muscles, cerveau, robustesse, beauté, intelligence).

Il existe en France comme dans d'autres pays des milliers de personnes, qui ont choisi de plein gré d'exercer cette profession. J'en ai interrogé personnellement un bon nombre ( la commission n'en a interrogé qu'une quinzaine, généralement présentées et " guidées " dans leur témoignage par les associations anti-prostitution). Ceux et celles dont j'ai recueilli le témoignage sont des personnes qui ont librement choisi cette profession, l'exercent parfois depuis dix, vingt ans, gagnent fort bien leur vie, et n'ont jamais été ni menacées, ni violentées, ni exploitées par autrui. Et comment prétendre que le travail du sexe soit une violence faite aux femmes dans les cas chaque jour plus nombreux de travailleurs masculins ? (S'adressant à une clientèle masculine ou féminine : après des millénaires de domination, voire de castration morale - "une femme honnête n'a pas de plaisir" - les femmes prennent progressivement le contrôle de leur corps, et, si leur sensibilité reste bien sûr différente de celle des hommes, elles seront logiquement de plus en plus nombreuses à souhaiter avoir accès aux bienfaits naturels du sexe : le sympathique succès des sex-toys auprès des femmes en témoigne).

Les personnes qui ont choisi ces métiers sont, il est vrai, largement motivées par une contrainte financière, mais quelle profession est exempte de cette considération ? Elles fournissent, contre juste rémunération, une prestation aussi importante et respectable que bien d'autres, apportent du bonheur à leur prochain, et ont une fonction sociale : elles jouent souvent le rôle de confident, de substitut au compagnon ou à la compagne qu'on n'a pas trouvé, évitent souvent à des couples de se séparer, peuvent même avoir une activité éducative.

Comme en Suisse, comme en Allemagne, en Australie, en Nouvelle-Zélande, Il est grand temps de leur donner un cadre respectable, leur laissant la possibilité de s'associer, de créer des établissements où elles recevront en sécurité leurs adeptes : la loi proposée ne ferait que les rejeter plus encore dans la vulnérabilité, la précarité, et ne ferait que rendre plus malheureux femmes et hommes.

"Vous pouvez me traiter de rêveur", chantait Lennon, "mais je ne suis pas le seul" : un sondage révélait en 2010 que 59 % des Français, hommes et femmes confondus, étaient favorables à la réouverture de lieux dédiés au travail du sexe. Un autre sondage récent de M6 confirmait que 64 % des Français étaient opposés à l'idée de pénalisation des clients, refusant clairement la résolution votée "à l'unanimité" …par moins de 10% des députés !

Vers l'année 1920, le public américain voyait progresser inexorablement un mouvement intolérant et abolitionniste, mené par des instances puritaines, et dont les gens sensés percevaient qu'il n'apporterait que plus de répression, plus de malheur : pendant treize ans l'Amérique pâtit d'une recrudescence du crime, de l'insécurité, de l'alcoolisme - résultat contraire à celui souhaité -, Il fallut treize ans de souffrance, de grand banditisme, d'empoisonnement de milliers de personnes pour que la nation américaine réalise que, si l'alcool a d'indéniables défauts, sa prohibition n'était certainement pas la solution. Dans le domaine du travail du sexe non plus. Oh Yeah !

© Le Monde du 5/1/2012.

Note (1) : C'est la seule phrase de ce texte avec laquelle je suis en désaccord, la commission n'a absolument pas fait un travail remarquable, mais rédigé un rapport entièrement conforme aux conclusions qu'elle souhaitait.

 

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